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Kératodermies plantaires héréditaires

Les kératodermies palmo-plantaires héréditaires (KPPH) sont un groupe hétérogène de maladies monogéniques rares caractérisées par un épaississement permanent de la peau des paumes et des plantes. Du fait du grand nombre de KPPH et de leur hétérogénéité, il n’existe pas de données épidémiologiques en terme d’incidence ou de prévalence.

Le diagnostic positif d’une kératodermie palmo-plantaire (KPP) est donc clinique.

Le diagnostic différentiel d’une KPPH est la kératodermie palmo-plantaire acquise qui s’inscrit le plus souvent dans un contexte d’une dermatose inflammatoire (psoriasis, lichen, eczéma). L’âge de début et l’existence de cas familiaux sont des éléments déterminants de ce diagnostic différentiel mais les KPPH sont rarement congénitales, parfois d’apparition tardive et les formes sporadiques existent comme dans toutes les maladies génétiques.

Les KPPH sont dues à des mutations de gènes codant pour les protéines impliquées dans la structure et la fonction de l’épiderme des régions palmo-plantaires. Une cinquantaine de gènes impliqués dans ces KPPH sont actuellement identifiés. Quand le gène muté s’exprime uniquement dans la peau des paumes et des plantes, on parle de KPPH non syndromique isolée. Quand le gène muté s’exprime dans l’ensemble du tégument y compris les annexes, il peut y avoir des atteintes de la peau hors paumes et plantes et/ou des annexes cutanées (cheveux, ongles, glandes sébacées ou sudorales) : on parle alors de KPPH non syndromiques complexes. Quand le gène muté s’exprime dans des organes autres que la peau et ses annexes, on parle de KPPH syndromique.

Le développement récent des techniques de séquençage de nouvelle génération ont permis : D’identifier de nombreux nouveaux gènes et variants impliqués dans les KPPH

De mieux comprendre la physiopathologie de certaines de ces KPPH

De mettre en évidence une mauvaise corrélation génotype phénotype au sein des KPPH : un même phénotype peut correspondre à des mutations sur des gènes différents et des mutations sur un même gène peuvent donner des phénotypes différents

De proposer une classification génétique des KPPH.

La classification des KPP a longtemps reposé sur :

Le caractère syndromique ou non, complexe ou isolé Le mode de transmission

Les aspects sémiologiques : transgrédience, progrédience, existence éventuelle d’une fragilité (bulles) , d’un caractère mutilant, d’une aggravation à l‘eau

Le caractère épidermolytique ou non sur la biopsie cutanée

L’ensemble de ces données permet parfois un diagnostic précis. L’examen histologique (microscopie optique, microscopie électronique), qui doit toujours être fait dans un laboratoire de référence, ne contribue au diagnostic du type de KPPH que dans un très petit pourcentage de cas.

Le diagnostic moléculaire (NGS ou Sanger) reste donc le gold standard du diagnostic de la majorité des KPPH mais reste peu accessible en pratique courante en dehors des centres de référence maladies génétiques de la peau. Même au sein des centres de références ayant accès à des laboratoires performants et motivés, seules les suspicions de KPPH syndromiques (nécessitant une surveillance ou un traitement de l’atteinte extra cutanée voir un diagnostic anténatal) sont prioritaires, ce qui fait qu’on manque singulièrement de données sur la documentation génétique des KPPH en France.

Le retentissement local des KPPH peut être très sévère en termes de douleur, prurit, et d’atteinte ostéo articulaire (rétractions digitales, amputations spontanées), entravant la marche et la motricité fine des doigts. Le retentissement esthétique et social peut être également majeur car les mains sont des zones exposées au regard des autres et contribuent aux contacts sociaux. Enfin des complications évolutives (surinfection bactérienne ou fungique, survenue de carcinomes) sont possibles et doivent être dépistées et traitées précocement.

L’atteinte extra cutanée des formes syndromiques implique différents spécialistes (dentistes et implantologues, ORL, ophtalmologiques, gastroentérologues, cardiologues) et peut mettre en jeu le pronostic vital (cardiopathie arythmogène des maladies desmosomales).

Les KPPH nécessitent donc une prise en charge médicale pluridisciplinaire, mais aussi de soins locaux (podologue/pédicure) et parfois aussi une aide psychologique et sociale. Elle est assurée au sein d’un réseau ville-hôpital, impliquant les centres de référence, de compétence et les soignants de proximité du lieu de vie.

Aucun traitement curatif des KPPH n’est disponible à ce jour mais des traitements symptomatiques, systémiques (rétinoïdes) et locaux (PMR kératolytique type vaseline salicylée ou à base d’urée et d’acide lactique) de l’hyperkératose proprement dite ou de ses complications peuvent être proposés pour réduire l’impact fonctionnel. La prise ne charge des douleurs, parfois intenses, relève parfois d’une consultation spécialisée.

En conclusion, un diagnostic clinique histologique voir moléculaire le plus précis possible du type de KPPH devrait être disponible pour chaque patient afin de proposer une prise en charge optimale ainsi qu’un conseil génétique. Par ailleurs, le développement de thérapies ciblées fondées sur la physiopathologie devrait permettre un traitement plus efficace de certaines KPPH dans un proche avenir.

CENTRES DE PRISE EN CHARGE

Centres de référence des maladies rares de la peau et des muqueuses d’origine génétique – Sud
Centres de référence des maladies rares de la peau et des muqueuses d’origine génétique (MAGEC) – Nord

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